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© photo Eric TOUJA
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En arrivant à Basse-Terre, le fort, maintes fois débaptisé (Royal, Richepance, Saint-Charles) pour devenir Delgrès et monument historique en 1977, le visiteur constate de facto qu'il s'agit du plus beau fleuron du patrimoine architectural militaire de la Guadeloupe. Il se dresse à l'embouchure de la rivière du Galion, tel un monumental sphinx de pierres, altier sur son trône "morneux" cerné de falaises terreuses. A l'origine, sur son emplacement actuel, fut édifiée la maison particulière du fantasque gouverneur de l'époque, Charles Houël, dite "chasteau de la Basse-Terre", destiné à se protéger des indiens Caraïbes. Laquelle devint progressivement une place forte en forme d'étoile octogonale, à la Vauban.
Cette demeure abritant à la fois les fonctions administrative et de défense, servit de lieu de naissance de la ville de Basse-Terre qui se développa d'abord sur le quartier du Carmel (en l'honneur de la congrégation religieuse des Carmes) en contre-bas, au nord. Que de fois, y tonna le canon pour faire échec à l'envahisseur anglais cherchant à s'emparer au XVII et XVIII siècle du cerveau de commandement politique et économique de la Guadeloupe, sa capitale Basse-Terre. C'est dans cette enceinte fortifiée que se noua en 1802, l'une des plus belles pages franco-française, de l'histoire de l'île. Le général Richepance, dépéché alors par Napoléon 1er pour rétablir l'esclavage, aboli en 1794, se heurte aux hommes du capitaine Louis Delgrès campant dans le fort. Face au professionnalisme et surtout à la supériorité numérique des garnisons du co-vainqueur de Hoenlinden, le capitaine et sa troupe quitte le fort à la faveur de la nuit par la poterne nord du Galion pour rejoindre les hauteurs de Saint-Claude où aura lieu le sacrifice final. Ironie de l'Histoire, très peu de temps après, Richepance est terrassé par le choléra et est inhumé dans le cimetière militaire du fort. L'y rejoindra entre autres, dans cette extrémité Est du fort, établi sur le grand cavalier, l'amiral Gourbeyre, au grand coeur, qui donna son nom à la commune limitrophe de Basse-Terre.
Outre ces tombes, le périmètre de ce batiment monumental aux remparts bien conservés et à l'aspect massif, se caractérise par "la verticalité des pilastres de la table saillante, l'alternance des pleins et des vides, l'opposition du calcaire blanc et des pierres volcaniques", mais aussi par un chemin de ronde étroit, les ruines de la grande caserne et des cuisines, les épaisses casemates, lieu d'exposition et musée historique évoquant le passé prestigieux des lieux. |