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© photo Franck FAISANT
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© photo Franck FAISANT
© photo Eric TOUJA
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© photo Philippe GIRAUD
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Intimement associé à la rade paradisiaque dont il épouse les contours, le bourg de Terre-de-Haut développe depuis la mer pour le plaisir des yeux, dans la quiétude ensoleillée du matin, sa carapace longiligne et originale de cases créoles en bois et d'habitations plus modernes aux toitures rouges jouxtant les mornes décharnés et rapprochés. En arrivant sur l'équerre du quai, puis sur la place du débarcadère vite noyée de touristes passant sous le regard émacié de quelques patriarches assis sur des bancs, on est tout de suite frappé par la qualité du bâti colonial en structure bois. Devant et autour de soi, la gendarmerie peinte en bleu et blanc, le café-restaurant au "balcon ouvragé" surplombant la place singularisée par le buste de Marianne et un phare sur le côté, les boutiques nichées au rez-de-chaussée de la même construction colorées de paréos. Puis de part et d'autre de la rue principale, le décor des façades soignées s'harmonise avec la beauté du site entrecoupé d'échappées visuelles sur "l'adorable baie". Dans la direction "Fort Napoléon", tout comme en allant vers le "Pain de Sucre", une marche indolente ne prive pas de satisfactions fortes, de rencontres étonnantes avec des saintois pêcheurs au look bien particulier, des découvertes inattendues. Partout de délicieuses maisons de poupées aux murs de bois régulièrement repeints.
Au nord, le quartier du Mouillage, plus dense et au réseau de ruelles au tracé méconnaissant la ligne droite, permet derrière le chemin qui longe la mer, entre le collège et la route panoramique gravissant le morne en direction de Marigot, de retrouver quelques vestiges de la vieille caserne, la machinerie déglinguée de l'ancienne usine de dessalement de l'eau de mer, des vieux murs de fortification, d'archaïques citernes rappelant la sévérité du carême et d'anciennes maisons en dur. En façade maritime, on côtoie des demeures aux styles autant typique que contemporain magnifiques comme l'actuel "Café de la Marine", ancienne maison Jean Calo (marin du roi et héros incontesté d'un haut fait d'armes plein de ruse contre l'amirauté anglaise lors de la bataille des Saintes en 1782) ou la maison-proue de navire du médecin de l'île, dite aussi "maison-bateau" construite en 1942 et dont la caractéristique est d'avoir été l'une des toutes premières en dur de Terre-de-Haut, ou encore une ravissante habitation-restaurant fleurie et cachée, après la montée qui suit l'école communale puis au milieu de l'escalier descendant vers l'anse Mire, résidentielle et hôtelière.
Au sud, le quartier de Fond Curé s'étend après la mignonne place triangulaire de la Mairie d'où diverge une série de rues commercantes aux boutiques chatoyantes. Préalablement, à la jointure des quartiers précités, on remarque une sympathique galerie marchande où l'on trouve des objets tirés d'un petit artisanat local d'inspiration marine et, au sommet d'une butte très peu marquée, l'église à porte de style romane et à la façade de pierre volcanique apparente. Le lieu-dit "Fond Curé",où s'installèrent les premiers colons, câlé sur l'anse du même nom, s'ordonne dans une partie étroite autour de deux rues parallèles réunies par des petites transversales. Dans le prolongement de l'entrée de l'excavation du terrain d'aviation donnant sur le bourg, la construction assez récente de villas élargit la frange urbanisée de ce quartier dont les dernières maisons vont mourir au niveau de la plage précédant la Batterie de la Tête-Rouge. Mais, rue Benoit Cassin, à proximité du minuscule marché tenu par quelques dominicaines approvisionnant la population en légumes et produits maraîchers importés pour cause d'absence d'agriculture sur place, de superbes cases saintoises traditionnelles nées du savoir-faire des charpentiers de marine basés aux Saintes, se laissent admirer et servent de modèles illustratifs aux ouvrages spécialisés sur l'habitat créole aux Antilles. Balustrades, balcons, treilles et auvents ajoutent aux composantes ordinaires des maisons à étage.
Une troisième dimension du bourg se dévoile lorsque depuis la place animée de la mairie on se dirige vers la plage de Grande Anse en passant par la crête où un christ en croix, vénéré le 16 août, semble veiller sur cette île de marins. Là encore, plus précisément au début de la rue, quelques bâtisses en bois dont l'une appartenant au presbytère, moins entretenues qu'ailleurs, procurent l'envie d'en posséder une, au coeur de ce bourg tant prisé. Puis, une allée ombragée de poiriers locaux conduit droit au cimetière marin dont la majorité des sépultures s'originalisent de leurs encerclements simples de coquillages blanc et rosi de lambis. Chose curieuse, en face, comme pour narguer les défunts en leur rappellant qu'ils ont quitté un vrai paradis ici bas : Terre-de-Haut, une boîte de nuit ouverte sous les cocotiers, à la tahitienne, ravit les vivants pris sous la frénésie des libations et du reggae du week-end. Et c'est l'esprit embrumé de nostalgie que le dimanche après-midi en s'éloignant de l'exceptionnel plan d'eau, un sachet de savoureux tourments d'amour acheté à la hâte sur la jetée, on prend malgré tout conscience des bienfaits esthétiques et épicuriens de la géographie offerte du bourg de Terre-de-Haut... |