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Magazine 'Destination Guadeloupe' :: n°27 :: Juin Juill Août 2007


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Dossier : Croyances et superstitions

En Guadeloupe comme dans les autres îles des Antilles, les croyances et les superstitions font partie de l'imaginaire créole... Pénétrons prudemment dans cet univers magique et quotidien.

La magie antillaise puise sa richesse dans la multiplicité de ses sources. Aux pratiques païennes des Amérindiens, premiers habitants des îles, aux usages religieux des diverses communautés africaines qui composaient les millions d'esclaves d'une époque bannie, vient s'adjoindre, importé par les colons, le savoir-faire des sorciers des campagnes françaises. Ajoutez à ce savant dosage l'omniprésence de la chrétienté et plus récemment, les rites des Indiens du sud de l'Inde, et l'on obtient ce pan de patrimoine passé dans l'imaginaire collectif. Ce métissage n'est pas seulement dans l'apparence physique des personnes ; de la rencontre entre ces peuples divers est né un espace spirituel : celui des croyances et superstitions. Nourris à ces pratiques dès le sein maternel, nul n'y échappe. Entre catholicisme et magie, la frontière est ténue et plus encore, se confond dans ces prières chrétiennes qui émaillent la plupart des pratiques magiques et l'utilisation des psaumes de David.

Si les potions magiques sont l'apanage des gadézafé...

En Guadeloupe, le quimbois, pratique conférant une force magique à un objet inanimé, est le fait du quimboiseur, appelé aussi séancier, gadézafé ou quimbois. Ce chimiste des philtres concocte des breuvages magiques qui servent à envoûter ou à désenvoûter. Autrefois domaine réservé des nombreux marchés de Pointe-à-Pitre, la concurrence des quimboiseurs venus d'Afrique et d'Haïti a relégué au rang de « folklore » les potions soi-disant magiques que les belles doudous tentent maintenant sur leurs étals colorés des marchés, de « fourguer » aux touristes incrédules. On va voir le quimbois si un enfant travaille mal à l'école, car ce ne peut être que le coup d'un sort jeté, ou encore pour l'aider dans la réussite à un examen, mais également pour dominer un supérieur, repousser les mauvais esprits, parier sur un combat de coqs ou un match de foot, pour la traduction d'un rêve ou la recherche d'un trésor... Et même, pourquoi pas pour gagner au loto ! Mais les premières préoccupations concernent la santé. Dans ce refus de croire à la réalité de la maladie, on préfère voir là un sort lancé par autrui. La jalousie apparaît alors comme l'un des moteurs majeurs : « jalousi frè sôcier »1 dit-on en créole. Comme l'auteur présumé d'un acte contraire aux bonnes moeurs qui sera atteint d'une maladie incurable par « un retour à l'envoyeur ». Cette croyance à l'irrationnel est aussi une manière de refuser le caractère inéluctable de la mort, d'en rejeter la responsabilité sur d'autres, ces « mauvais vivants » qui nous veulent du mal. Il convient donc de s'en protéger par tous les moyens, catholiques ou autres. On raconte même que des hommes politiques très connus ne se privent pas de recourir aux services des quimbois lors des élections.

... Le commerce des élixirs, parfums et lotions se trouve ailleurs

Autrefois, les pacotilleuses2 apportaient un réconfort moral en proposant des élixirs miracle qui rétablissaient l'équilibre dans la maison, la personne, le couple... Sur le marché ou de porte-à-porte, elles vendaient la lotion « ti moun » qui assurait confiance en soi et assurance, le parfum « réussite », chance et succès. D'autres fragrances sulfureuses chassaient les persona non grata du domicile ou au contraire, provoquaient des relations aimables. Aujourd'hui encore, dans certaines maisons, le sol est régulièrement lavé avec de tels produits afin d'éloigner le malheur. Actuellement, on peut trouver ces mixtures dans une caverne d'Ali Baba à la guadeloupéenne, spécialisée en ésotérisme, aux confins de Bergevin, quartier populaire de Pointe-à-Pitre. C'est là, muni de l'ordonnance du gadézafé que l'on peut dénicher la solution, dans les deux sens du terme, qui résoudrait tous les problèmes ! Se promener dans cet univers de fioles, que l'on y croit ou pas, ne peut qu'interloquer le visiteur. Le choix est immense, les étalages remplis de potions, eaux, huiles, électuaires3, baumes et élixirs des noms de Commandeur, Pierre divine, Père tranquille, Tranquilles. Tranquilles, restons-le, car dans cette officine, rien qui ne fasse du mal. Il suffit d'y croire. Chacun se sert en suivant scrupuleusement « l'ordonnance ». Mais on ne se fait pas servir, car il faut assumer. Ceci est très important ! Ce genre de magasin existe ailleurs, surtout aux États-Unis et en Amérique latine, mais il est en général dissimulé dans une petite rue et dans une échoppe de dimension bien plus modeste.

une tradition loin de s'éteindre !

Les nombreux échanges inter caribéens ont favorisé l'apparition de pratiques et produits made in Haïti. Les quimbois haïtiens et africains gagnent du terrain, risquant d'influencer les traditions plutôt inoffensives de la Guadeloupe. Les jeunes semblent les plus intéressés. La mission pour combattre ce phénomène reviendrait aux aînés les plus sages.

- 1 : Pourrait se traduire par : « la jalousie est aussi mauvaise qu'un sorcier »
- 2 : Pacotilleuse, femme qui d'île en île et au gré des embarquements, achète et revend poudres réputées guérir en six-quatre-deux diarrhées, maux de tête et chagrins d'amour, coutelas et canifs-Sheffield, farine de manioc et cigares gros comme l'avant-bras et autres pacotilles.
- 3 : Remèdes préparés à base de poudre et de miel

Encadré 1

Des lieux magiques

En Guadeloupe, les lieux magiques sont nombreux et figurent sur les ordonnances des marabouts et autres sorciers. Le gadézafé conseille de déposer ou d'enterrer des objets préparés à l'avance. Parmi ces endroits magiques, citons le quatre chemin ou carrefour, la case, le cimetière et même l'église. Ces objets ou images, appelés protections et préparés rituellement sont très utilisés. Souvent on entend « ayen pé ké rivé mwen, kar an tini on protègement » (rien ne m'arrivera car je porte une protection). Même les voitures sont bénies ou emmenées chez le gadézafè afin d'être protégées contre tout accident !

Encadré 2

Un culte des saints quelque peu détourné

En Guadeloupe, l'Eglise est fréquentée aussi bien par les séanciers que par leurs clients, car ils ont besoin d'hosties, d'eau bénite ou d'un peu d'huile de la lampe éternelle. Le père Labat, père missionnaire installé aux Antilles au XVIIe siècle, s'étonnait déjà que malgré la grande quantité d'eau bénite, il n'en restât jamais. Dans les années 30, Le Père Delawarde écrivait : « Les sorciers tentent de faire bénir des objets par surprise, font déposer sous des nappes d'autel des parchemins couverts de formules (...) » Messes, prières, eau bénite, rameaux bénits, cierges sont recherchés par eux ou leurs clients dûment conseillés. Ils aiment aussi se placer sous la protection des rois mages. Le culte des saints tient une grande place, surtout dans les moments difficiles. Sainte Marguerite et Sainte Marthe sont invoquées pour la réussite des entreprises : « Je vous en supplie, auxiliaire dans tous les besoins, aidez-nous à surmonter les difficultés, vous qui avez si victorieusement combattu le démon. » La prière est écrite sur un parchemin porté à même la peau ou encore dans un petit sac de tissu mauve dans lequel on aura mis trois croix, un miroir à deux faces, un morceau de plomb ou du mercure. L'humour ne manque pas, associé à cette naïveté. Si Saint Expédit est prié de conclure rapidement une affaire, Saint Bouleverse, lui, devra rétablir une situation et Saint Larron empêcher de toucher ou de voler.

Encadré 3

Soucougnans, zombis et compagnie... Quand les esprits se cachentEsprits des morts, les soucougnans, zombis, dorlis ou morphoisés s'assimilent aux revenants qui profitent de la nuit pour commettre leurs méfaits.

Superstitions et magie s'entremêlent pour créer un cocktail étonnant. Esprits des morts, les zombis sont immenses, n'ont ni tête ni bras et sont condamnés à errer pour l'éternité parmi les hommes. Souvent dans les cases, on peut voir un petit tas de sable... Parce qu'avant de s'y introduire, les zombis devront compter le nombre de grains... Et Dieu sait s'il y en a ! Il n'est pas rare encore aujourd'hui d'entendre certains parents dire à leurs enfants « zombi la ké chayé'w » (le zombi va t'emporter).Mais il existe quantité d'autres esprits dans les îles. Les soucougnans capables de voler dans les airs se métamorphosent en animal, changent de peau et profitent du sommeil pour faire du mal. Les morphoisés sont des hommes prenant l'apparence d'une bête naturelle. Les dorlis commettent leurs méfaits la nuit... Dans l'une des parades préconisées contre le dorlis, cet esprit malin qui vient la nuit abuser les femmes, on ramasse du sable près de la mer le 14 juin, on y récite des psaumes de l'évangile de St Jean, puis on le place derrière la porte ou sous le lit. Ce dernier est au centre du livre à succès du poète guadeloupéen Ernest Pépin « L'homme au bâton » aux éditions Laffont. L'existence d'une âme, d'un esprit plus ou moins divin réside aussi à l'intérieur de certains animaux : crapauds cadenassés, zanolis marrés1 ou poules noires attachées par les pattes. Pour mettre toutes les chances de son côté de retrouver ce qui a disparu, une personne chère, un objet, l'amour..., il faut mêler magie blanche et magie noire. On utilise aussi bien l'ail que le sel, l'alcali, ou des poudres au nom évocateur-minnin vini-poudre de lune, poudre des étoiles, poudre de chicane, poudre de requin, poudre cabale...Il existe pourtant d'autres procédés plus « catholiques ». C'est le cas des neuvaines, des prières qui se disent en neuf jours avec une bougie et des protections, prières inscrites sur un petit papier caché à l'intérieur d'un vêtement et qui comme leur nom l'indique, ont pour but de protéger l'individu qui les porte.

Afin que la nouvelle année chasse toutes les déveines, rien ne vaut un traditionnel « bain démarré ». Le rituel commence à minuit le 31 décembre par une baignade à l'embouchure d'une rivière ou dans la mer. Il faut ensuite se frotter le corps avec une queue de morue pour se débarrasser des mauvaises influences de l'année écoulée. De retour à la maison, seconde phase du rituel avec un bain de feuillages. Les plantes porteuses de prospérité seront mises à bouillir dans un canari. Dans la version hindoue, après une triple purification par l'eau, le feu et le rhum, la famille partage son premier repas de l'année, un bon colombo.

Noms créoles

Encadré 4

POUR METTRE FIN À UNE PERSÉCUTION EXERCÉE CONTRE VOUS*

Un vendredi, achetez un bouquet de fleurs sur le nom de cette personne. Rendez-vous dans un cimetière à midi sur une tombe abandonnée, déposez le bouquet sur cette tombe et dites l'invocation suivante : « âmes abandonnées et perdues dans ce cimetière où vous errez en souffrance, je vous confie telle personne (la nommer) donnez-lui une occupation afin qu'elle me laisse en paix. Je ne souhaite pas sa mort, mais occupez son esprit et dirigez-le ailleurs que sur mon chemin. Empêchez-la de me persécuter en occupant sa pensée et en dirigeant ses actes ailleurs que vers moi. Je vous promets de faire dire une messe pour votre repos et d'allumer 3 cierges pour vous guider vers elles et vous éclairer. »

Rendez-vous dans une église, allumez 3 cierges au nom des âmes abandonnées et faites dire une messe pour leur repos en indiquant simplement au prêtre : « une messe pour les âmes abandonnées ».

BAIN DÉMARRÉ OU LIBÉRATEUR*

Ce bain doit être pris le 31 décembre pour être libéré de toutes les influences négatives accumulées pendant l'année ou à tout autre moment lorsqu'on veut faire peau neuve et se purifier.

Faites bouillir dans un grand récipient le mélange suivant :
- 9 litres d'eau
- 5 roses rouges
- 7 roses blanches
- Une poignée de sel fin
- 3 noix de kola
- Une cuillère à soupe d'encens de Jérusalem en grains

Laissez refroidir 10 minutes après ébullition et ajoutez le jus de 3 citrons et 10 à 15 gouttes d'huile essentielle de verveine.

Tracez 3 signes de croix avec l'index de la main droite dans l'eau du bain et lisez au-dessus le Notre Père.Ensuite, versez lentement l'eau du bain sur votre corps de la tête aux pieds. Puis recueillez ce qui reste du bain, roses et noix de kola et jetez-les dans une rivière ou un fleuve.

CONTRE LE SORTILÈGE D'IMPUISSANCE*

- 1 : Faites porter à la victime un slip de couleur rouge pendant 7 jours à partir du jour de la pleine lune
- 2 : Pendant cette période, la victime doit éviter de mouiller la partie de son corps couverte par le slip. Elle ne doit pas changer de slip, ni l'enlever en dormant. Le lendemain du 7e jour, faites porter au maléficié une ceinture composée de 9 fils rouges à laquelle on aura attaché 7 médailles de St Benoît qui auront été bénites par un moine de l'ordre de St Benoît, selon le rituel spécial de l'ordre. Cette ceinture sera portée durant 9 jours pendant lesquels le maléficié fera une neuvaine à St Benoît. Le dernier jour de la neuvaine, le maléficié récitera la « grande invocation de St Benoît »
- 3 : Le maléficié urinera dans un bocal à travers l'anneau nuptial s'il est marié ou la bague de sa compagne, un vendredi matin au soleil levant en disant le mot « Yamon ». Puis le maléficié se rendra au bord d'une rivière avec le bocal contenant l'urine. Il prononcera à voix haute le mot EMBATA 7 fois (prononcer M'BATA). Puis il versera dans la rivière l'urine contenue dans le bocal en disant : « le mal est défait et dilué par le pouvoir dissolvant de l'eau ». Ensuite, il dira le mot magique : ANANISAPTA.

* Extraits de «Rituels secrets de magie pratique antillaise», Angel Adams, Ed. EB Buissière.
Couverture du n° : 27 Traditions d'an tan lontan
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