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Magazine 'Destination Guadeloupe' :: n°12 :: Sept Oct Nov 2003 |
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Le poids des habitations sucrièresPendant plus de deux cents ans, de l'arrivée des premiers colons en 1648 à la crise du sucre à la fin du XIXe siècle, l'histoire de Marie-Galante s'est calquée sur la conjoncture des habitations sucrières. Un système mort et enterré mais un héritage bien vivant.
Catastrophes naturelles, conflits coloniaux, abolition de l'esclavage, guerres mondiales, départementalisation, crises économiques, troubles politiques, changements climatiques. À Marie-Galante, la conjoncture internationale touche la canne à sucre avant d'atteindre les hommes. La canne va bien ou la canne va mal. Ainsi va le sort des Marie-Galantais depuis l'arrivée des premiers colons en 1648. L'économie de plantation, d'abord centrée sur les habitations sucrières, a entièrement dicté le schéma de développement de l'île. Depuis l'introduction de cette graminée qui pourrait être l'emblème de Marie-Galante, l'île n'a respiré, mangé et dormi qu'au rythme des campagnes sucrières. Entre 1830 et 1840, 106 habitations quadrillent la "grande galette" dont la vocation est de produire de quoi adoucir les mets et breuvages de la Monarchie de juillet. Chacune d'entre elles s'étend sur plusieurs centaines d'hectares et utilise en moyenne une soixantaine d'esclaves à la monoculture de la canne et à la production du sucre. Depuis l'indépendance d'Haïti en 1804, les Petites Antilles ont le monopole du sucre : les habitations vivent leur âge d'or. Mais la crise du système esclavagiste et l'essor du sucre de betterave en métropole hypothèquent l'activité des sucreries marie-galantaises. Endettées, la plupart d'entre elles évoluent en simples plantations, livrant leurs cannes à de grandes usines centrales (dont Grande Anse, la seule en activité actuellement). Certaines habitations se tournent vers la distillation, la plupart ferment leurs portes. Leur rôle effectif prend alors fin, mais leur influence demeure. Un patrimoine sauvegardé D'abord, les habitations sucrières ont légué à Marie-Galante un héritage impérissable : la canne, structure incontournable du paysage culturel, économique et social de l'île. Ensuite, le "pays" est parsemé de ruines et les sections restent baptisées du nom des sucreries. Dorot, Bellevue, Bontemps-Rameau, Gay, Robert, Pirogue, Grand Pierre, etc. : autant de patronymes évocateurs du passé. Des moulins à vent délabrés émaillent aussi le territoire, tours de pierres toisant l'île du haut de leurs promontoires. Seul le moulin de Bézard dans la campagne de Capesterre est restauré, exacte réplique de ce qu'il fut jadis (lire notre article en page 12). Quant à la mémoire de l'île, elle est bel et bien vivace à l'écomusée de Marie-Galante qui loge dans la seule habitation restaurée, l'Habitation Murat. Sucrerie majeure au XIXe siècle, elle cesse sa production après la crise mondiale du sucre qui commence en 1884. En 1976, face à l'exode massif des jeunes, un grand "inventaire des arts et traditions populaires de Marie-Galante" est lancé pour sauvegarder le patrimoine. Et c'est tout naturellement que les Marie-Galantais se tournent vers le "château " Murat pour protéger ces richesses. Objets ethnographiques, matériel agricole traditionnel, documents d'archives et tableaux sont ainsi collectés. Un jardin médicinal est créé, rassemblant plus de cent espèces cultivées dans l'île. La matière nécessaire à la création d'un écomusée est alors acquise. Depuis lors, l'imposante bâtisse aux accents de vignoble bordelais abrite un concentré passionnant de l'histoire marie-galantaise. |
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