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| À l'assaut du fort Joséphine Construit sur le point culminant de l'îlet à cabris, le fort Joséphine est prétexte à une courte marche, récompensée par un panorama époustouflant sur l'archipel des Saintes.
Impossible d'accéder à l'îlet à cabris sans un engin flottant. Ça tombe bien : l'UCPA loue des kayaks qui vous permettront de rallier l'îlet en quelques minutes et de découvrir les Saintes par la mer. Les plus dégourdis (et les moins sportifs) devront trouver une âme charitable, propriétaire d'une embarcation de surcroît, pour rallier ce petit bout de terre vallonné envahi par les ruines. Vous ne devriez pas avoir de mal à convaincre un pêcheur ou un plaisancier de vous débarquer sur la petite plage qui constituera le point de départ de la marche. Il suffit ensuite de suivre l'espèce de voie cimentée qui serpente entre les arbres pour rejoindre les ruines de pierres de divers bâtiments aujourd'hui totalement à l'abandon. Il ne faut que 20 mn de marche, sans aucune difficulté (si ce n'est quelques passages très étroits), pour atteindre le point culminant de l'îlet à Cabris, autrefois coeur administratif et militaire de l'archipel des Saintes. C'est ici, au sommet du morne de la Pointe-de-sable qu'est érigé en 1777 le fort de la Reine, qui deviendra plus tard le fort Joséphine. En 1809, le bâtiment est détruit par les Anglais. En 1866, sur ses ruines est construit un pénitencier accueillant les détenus condamnés à plus d'un an de prison, à la réclusion et aux travaux forcés. Ces derniers attendent ici d'être évacués sur Cayenne par convoi (voir aussi l'encadré). Aujourd'hui, il ne reste que des ruines de ces diverses constructions envahies par les figuiers-maudits, les mauvaises herbes et les redoutables mancenilliers* ; des pierres polies par le temps et des morceaux de ferrailles, vestiges d'une tentative d'exploitation de l'îlet dans les années soixante. Une concession avait en effet été attribuée à un particulier qui souhaitait y construire un complexe hôtelier. Le projet tourna court, mais il laissa sur l'île de nombreux déchets qui n'en ont jamais été évacués. Le site offre en tout cas un époustouflant panorama sur l'archipel des Saintes. Face aux randonneurs, Terre de Haut déploie sa palette de couleurs écrasées de soleil. En contrebas, les voiliers mouillés dans sa baie réputée ondulent nonchalamment, tandis que les catamarans de sport filent au vent des alizés. À gauche, le fort Napoléon semble veiller sur Joséphine et à droite, on peut admirer le Pain de Sucre et Terre de Bas qui étale sa magnifique plage de Grande-Anse. Quelques cabris divaguent librement sur les flancs escarpés du morne où l'on pourra admirer quelques beaux spécimens de cactus cierges et de raquettes. La descente ne prend qu'une dizaine de minutes par le même chemin. Et pour achever cette petite balade de « décrassage », rien de tel qu'un bain bien frais dans les eaux claires de l'îlet à Cabris !
L'île des forçats
Sous Napoléon III, l'îlet à Cabris est choisi comme lieu de détention. Un pénitencier accueille les condamnés à plus d'un an de prison et les lourdes peines-condamnés à la réclusion, aux travaux forcés ou à la déportation-, qui attendent leur évacuation vers le bagne de Cayenne. Si les premiers peuvent sortir pour les corvées et travaux extérieurs (...)-« leur travail consiste à convertir en cailloux, pour macadamiser les routes de la Colonie, les énormes blocs rocheux qui sont attachés aux flans du morne Joséphine », témoigne le Dr de Sauzeau de Puyberneau, médecin militaire en poste à Terre de Haut en 1901-, il n'en est pas de même pour les seconds qui ne sortent jamais. Les locaux disciplinaires « sont de véritables tombeaux de pierre », selon la description qu'en fait le médecin militaire. « Ils mesurent deux mètres de longueur, un mètre cinquante de largeur et deux mètres soixante de hauteur. Le patient est assis sur les dalles, les épaules et la tête appuyées contre le mur et les pieds fixés à une barre de justice établie à O,25 m du sol. » Les évasions sont rares. Un détenu cependant tenta de se faire la belle, une porte de magasin en guise de radeau. Mais il fut rapidement repris à Terre de Bas. Le pénitencier de l'îlet à Cabris ferme définitivement ses portes en 1902.
Mise en quarantaine à l'îlet à Cabris
Au XVIIIe et XIXe siècles, tandis qu'Anglais et Français se livrent bataille dans les Caraïbes, le port des Saintes offre deux avantages inappréciables : la sûreté et la salubrité car il n'existe aucun marécage. Ces deux atouts destinent l'archipel à recevoir les bâtiments de la marine et les malades. En 1817, le gouverneur Lardenoy écrit au ministre, « la salubrité de l'air passe pour la meilleure des Antilles. J'ai envoyé aux Saintes, il y a un mois, vingt soldats convalescents (...). Ils campent (...) sur l'îlet à Cabris ». Il précise dans cette lettre qu'en Guadeloupe, « les chaleurs et les pluies continuelles ont causé beaucoup de maladies, telles que fièvre bilieuse et dysenterie (...) ». Quelques années plus tard, un lazaret destiné à accueillir les Indiens et les Chinois immigrants à leur arrivée en Guadeloupe et mis immédiatement en quarantaine, sera aménagé sur l'îlet à Cabris. Selon le témoignage du Dr de Sauzeau de Puyberneau, médecin militaire en poste à Terre de Haut en 1901, « le lazaret des Saintes est bâti dans un vallon. Il se compose de plusieurs grands et beaux bâtiments, bien exposés, dont l'ensemble est très séduisant à la vue. Le terrain en est volcanique, sans marécage, ce qui fait du lazaret un établissement exceptionnel (...). À ce point de vue, les Saintes rendent un service inappréciable, car on ne peut songer sans frémir aux conséquences terribles qui éclateraient à l'occasion d'une maladie épidémique, sérieuse et grave, si la colonie n'avait à sa disposition que le lazaret de l'îlet à Cosson, tout près de Pointe-à-Pitre ». Mais le lazaret de l'îlet Cabris sera fermé quelques mois après la rédaction de ces lignes. | |||
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